Marche à Thil, avec visite de la nécropole nationale (camp de concentration) et de la mine du syndicat de Tiercelet.

lundi 3 juillet 2017 ,par Dominique Picazo, Norbert Guelen

Article de Norbert Guelen
Photos : Dominique Picazo et Marc Frant

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2 jours ont été consacrés à cette sortie, sur le même thème.

Le circuit :
Mercredi 21 juin2017 : 14h30, premier jour de l’été. Sous une chaleur accablante et un soleil de plomb, 18 Vosgiens quittent le parking du café du stade, situé à proximité du terrain de football Ambroise Croizat de Thil, petite localité de Meurthe et Moselle.
Ambroise Croizat (1901- 1951) secrétaire général de la fédération CGT des travailleurs de la métallurgie, député communiste a été ministre du travail et de la sécurité sociale dans les gouvernements : De Gaulle-Gouin-Bidault-Ramadier (21-11-1945 au 4-5-1947). Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise à Paris.
18 marcheurs (euses) ont parcouru un circuit de 7kms passant par le Stock (405m), et l’Enclos Marchal (422m).
Après avoir longés la « déviation » d’Audun le Tiche les marcheurs atteignent les Quatre Poteaux (420m), avec Esch-Belval se profilant dans le lointain, où l’on peut distinguer la tour rouge de l’ancienne banque Dexia rebaptisée RBC (Royal Bank of Canada) et les deux hauts-fourneaux « A » de 82m et « B » de 90m, classés monuments nationaux en 2000. (On peut monter jusqu’au gueulard pour 5 euros). Passant devant l’ancien et le nouveau cimetière (390m), les marcheurs déboulent enfin sur le sentier de mémoire menant à la nécropole nationale vers 15h45. Après la visite guidée de la nécropole, les marcheurs empruntent le tunnel sous le remblai ferroviaire, pour gagner l’entrée de la mine de fer du syndicat de Tiercelet, et visiter les galeries de la mine sous la conduite de 3 guides, vers 16h45.
Après cette dernière visite, les marcheurs regagnent la rue Croizat et leurs véhicules vers 17h50, heureux d’ avoir découvert ou redécouvert un épisode de l’histoire locale souvent méconnue dans les foyers lorrains (le thermomètre de la voiture indiquait les 40° C voire plus)

Mercredi 28 juin 2017 :
19 Vosgiens au départ à 14h30 ont effectué les mêmes trajets et visites……sous un ciel couvert, mais sans pluie et même avec quelques rayons de soleil. A 18h au retour, le thermomètre de la voiture indiquait……un peu plus de 20°C seulement.

La visite de la nécropole
1) Le sentier de mémoire démarre près des fondations encore visibles d’une baraque de déportés (25mx6mx3.5m). Ce sentier a été inauguré le 15/4/2005. Jalonné d’œuvres d’artistes, il mêle traces du passé et messages d’espoir pour l’avenir ; on citera :

  • Souffrance, Délivrance, en 2009, de l’artiste girondin Ganuchaud Luc ; une œuvre réalisée avec des éclats de bombes ou d’obus ; en restauration car atteinte par la rouille.
  • Transmission en 2012 de l’artiste briotin Mongey Michel ; une œuvre en pierre de Jaumont, la pierre du soleil ; un poing en colère et une main tendue.
  • Sans titre, en 2008 de l’artiste Brusorio Claudine née à Villerupt ; une œuvre mariant le fer et la pierre.
  • Message en 2005 de l’artiste lorrain Zannoni Amilcar décédé à Moutiers (54) en 2009. Il a aussi créé les « Amilcar » récompensant les lauréats du festival du film italien de Villerupt.
  • Lumière d’espoir en 2006 de l’artiste Marinelli Laurent né à Villerupt ; des visages en fil de fer dans un cadre. 2) Au bout du sentier se trouve la Nécropole Nationale ou crypte avec à sa droite 2 anciens poteaux de clôture du camp, et au dessus, une croix indiquant l’emplacement du four crématoire. Devant la nécropole se trouve une statue conçue et érigée par le S.E.S. du collège Jean Macé de Villerupt en 1978 : toute la détresse de l’homme sur un globe terrestre.

Un peu d’histoire …..Le principal centre de fabrication des fusées de Peenemünde situé sur les bords de la mer baltique ayant été bombardé par les Alliés (nuit du 17 au 18 août 1943), les Allemands recherchent en Europe d’autres sites aménageables et discrets. Ils choisissent la mine de fer du syndicat de Tiercelet à Thil (nom de code « Erz » signifiant minerai.) située à flanc de coteau, d’un accès facile par voie ferrée à gabarit normal (1.435m), d’une superficie très importante (250000 m2). Elle est aménagée en une usine souterraine par l’organisation Todt afin de produire des moteurs d’avions et des V1 (Vergeltungswaffe c’est-à-dire arme de représailles)
Pour ces travaux les Allemands utilisent fin 1943 les travailleurs forcés des camps d’Errouville et de Morfontaine (Russes, Polonais, Hongrois, etc…) ; dans le même temps ces déportés sont requis pour la construction d’un camp de concentration dans une étroite vallée – le vallon de Gronde - à la sortie nord du village, caché par le remblai de la ligne ferroviaire Villerupt – Longwy. Huit baraquements accueillent entre autres des déportés d’Europe Centrale spécialisés dans l’utilisation des machines-outils mais aussi des résistants, des réfractaires au STO (Service du Travail Obligatoire)
La vie quotidienne du camp dirigé par le SS Büttner réputé pour sa férocité au Struthof, n’est pas très différente de celle des autres camps nazis ( nourriture insuffisante, travail harassant, coups et brimades et appels interminables….)
Tous les matins des cortèges de déportés avec leur caillou partent travailler au fond de la mine pour n’en ressortir que le soir….récupérant leur caillou (moyen de contrôle). Un tel traitement condamnait les plus faibles à la mort ; au début les corps étaient brûlés sur des branchages arrosés de goudron ; ensuite ce moyen rudimentaire est perfectionné par l’installation d’un four crématoire réquisitionné aux abattoirs de Villerupt (Fours et Incinérateurs Muller à Paris- construit en 1938 à l’abattoir municipal de Villerupt - inscription lue sur le four à l’intérieur de la crypte). Ce sera le seul four crématoire en France non annexée !

Entrons dans la crypte…. Les vosgiens sous la houlette du guide découvrent une maquette assez imposante du camp réalisée par Marinelli Ubaldo en 1946 et rénovée en 2005 ; le four crématoire, une tenue d’un déporté originaire de Russange avec un triangle rouge et la lettre F (politique français), un buste « la déchirure » de Brusorio Claudine, quelques peintures, des photos extérieures, des urnes funéraires, des cendres du four crématoire, …….)
Le camp est évacué le 1 /09/ 1944 devant l’avancée des troupes américaines et Thil est libérée le 10/09/1944. Les déportés (860 détenus), sont transportés par wagons sans toit vers l’Allemagne (Kommandos de Kochendorf et de Dernau).
Suite à une souscription, une crypte est construite et inaugurée en 1946. Reconnue officiellement comme camp de concentration, (commando de Struhof-Natzweiler), en 1949, devenue Nécropole Nationale en 1984, il reste à ce jour le seul camp de concentration dans le territoire français non annexé.

Reste à découvrir le lieu de travail de ces déportés et prisonniers : la mine de fer du syndicat de Tiercelet  ; le fronton de l’entrée indique : 1885 - mine de Tiercelet -1945 ; 1885 marque le début de l’exploitation ferrifère et 1945 son arrêt ; l’entrée est murée ; l’oubli et le silence s’installent jusqu’en 2015, année de découverte d’une impressionnante bétonnière allemande qui confirme les projets nazis ; à savoir la construction d’ateliers pour assembler les V1 dans les entrailles du Pays –Haut.
Deux plaques dévoilées le 6/09/2015, fixées de part et d’autre de cette entrée avec un texte rédigé en français et en russe, commémorent l’évasion de 37 femmes russes du camp de travail le 8 mai 1944. Ces travailleuses étaient logées dans une ancienne caserne à Errouville ; les nazis les amenaient sur place en train ou en camion ; toutes avaient été réquisitionnées pour travailler au façonnage de la mine. Mais pourquoi des femmes ? Après leur évasion, elles rejoignent la résistance en forêt d’Argonne sous le nom de Rodina qui signifie Patrie.
Froid et humidité saisissent les visiteurs casqués qui pénètrent dans la galerie principale, semblable à « la nef d’une église romane » : haute de 8m, large de 5 à 8m, longue d’environ 300m jusqu’à l’éboulement du Petit-Bois, murs et voûtes recouverts de béton d’une épaisseur d’un mètre ; une galerie capable d’accueillir un train à gabarit normal !
Chemin faisant, les visiteurs découvrent un fouet pour la « schlag », un court bâton, des outils de mineurs, des bouteilles, des chaussures cloutées, des photos (prisonnières russes), des bonbonnes pouvant contenir de l’acétylène, une petite bouteille avec son autel et sa croix de bois…. échangée contre 2 tranches de pain, un modèle réduit de V1 (envergure 5m, largeur 9m…dans la réalité), des wagonnets, une draisienne et bien sûr la bétonnière rouillée évoluant sur rails avec la plaque du constructeur : 1939-Duisburg, Rhénanie du Nord-Westphalie.
Puis par une galerie adjacente, beaucoup plus petite on atteint le lieu où 27 jeunes femmes russes ont été ensevelies lors d’un éboulement en avril 1944. Des visiteurs viennent régulièrement se recueillir à cet endroit (fleurs, bougies, croix orthodoxe)

Bibliographie :

  • Les travaux du 3e Reich entre Alzette et Fensch. Eugène Gaspard – Edition Gérard Klopp.
  • Plaquette d’informations délivrée par la mairie de Thil (0382894592) ; demander Mr Mittant
  • Site internet : Le camp de concentration de Thil, La mine de fer du syndicat de Tiercelet Les CV des artistes du sentier de mémoire

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Un jour de sentier,
une semaine de santé.


 

 

 

 

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